Cycles

Le cycle 2017-2018 - Tisser des liens

par Sébastien Harrisson

Cette saison marque pour les 2 Mondes le début d’un nouveau cycle de création sous le thème « Tisser des liens ». Au propre comme au figuré, c’est donc la mission que nous nous donnons, tant entre les murs du LAB2M, notre studio de création, que sur les diverses scènes où nous jouons, ou encore à travers nos activités de médiation et de réflexion. Plus qu’une mission, c’est même pour nous un nouveau crédo, véritable appel à la solidarité et à l’entraide, dans un monde de plus en plus brutal, rude et explosif.

Premier volet de ce cycle, Warda, coproduit avec le Rideau de Bruxelles en 2016, sera présenté en première nord-américaine en janvier prochain. Construite autour d’un tapis persan, cette fresque met en scène, de Londres à Paris, en passant par Bagdad, Québec et Anvers, le monde d’aujourd’hui dans toute sa complexité bigarrée. Rassemblant sur scène des acteurs belges et québécois qui font résonner dans une ambiance jubilatoire du français, de l’anglais, du flamand et de l’arabe, Warda est une fable actuelle qui jette des ponts entre les époques, les continents et les êtres.

Second volet du cycle, Les inventions à deux voix, production pour le jeune public dont la création est prévue à l’automne 2018, sera mis en chantier dès cette saison. Empruntant son titre à un recueil d’œuvres pour clavier de Bach, cette ode à l’inventivité de l’enfance fera aussi la part belle à la musique et à la vidéo, métissant, comme dans plusieurs spectacles de la compagnie, disciplines et langages.

Finalement, notre spectacle Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu reprendra la route. Après le succès rencontré lors de sa création aux Coups de Théâtre en 2014, et des tournées au Québec et en France, la production sera présentée à Montréal et à Beloeil. Cette œuvre sensible qui met en scène une vieille dame dialoguant avec la petite fille qu’elle a été, sera aussi l’occasion pour nous de mener, dans notre LAB2M, une action de médiation singulière permettant de faire se rencontrer le public des petits et celui des grands; l’art, quand il touche à l’universel, faisant aussi tomber les murs entre les générations.

Une saison sous le signe du partage, de l’ouverture à l’autre et de l’imaginaire. Dans cette époque en apparence morcelée, le rôle de l’artiste est aussi de mettre en lumière les liens qui unissent les fragments épars, de rendre visibles les fils invisibles qui vont d’une chose à l’autre, d’un être à l’autre, et qui font que ce monde tient toujours et conserve, dans le chaos apparent, une part de cohérence et d’espoir.

Ouvrons grand les yeux, tendons l’oreille, le sens est là tout autour, dans les interstices, dans ce qui nous échappe au premier abord mais qui agit comme un ciment et nous relie les uns aux autres.

« Même une feuille de papier est plus légère si on la porte à deux. »
-Proverbe coréen

Artiste associé - Eric Jean

Eric Jean est sans l’ombre d’un doute l’un des metteurs en scène les plus estimés et les plus singuliers de sa génération. Sa nomination en 2004 au poste de directeur artistique et général du Théâtre de Quat’Sous, et le succès qui s’ensuit, sont d’ailleurs le reflet de la confiance que lui accorde un milieu qui le reconnaît rapidement comme un créateur audacieux et unique, dont l’apport artistique au théâtre québécois est considérable.

Metteur en scène prolifique et inventif, il est connu et apprécié pour sa grande implication auprès de la relève, tant dans l’enseignement qu’au niveau professionnel.

Mais c’est surtout avec sa méthode de création axée sur les improvisations dirigées, le travail en parallèle avec l’auteur et l’environnement scénique comme point de départ à la construction de ses spectacles qu’Eric Jean a fait sa marque et sa réputation. Les exemples les plus probants de cette technique, que le metteur en scène nomme « écriture vivante », sont certainement les fameux Hippocampe, écrit en collaboration avec Pascal Brullemans, et couronné du Prix de la critique en 2003 et Chambre(s) écrit cette fois-ci avec Pascal Chevarie en 2009. Suite au succès du premier, le metteur en scène est mis en nomination pour le prestigieux prix Siminovitch 2004 en figurant au nombre des cinq finalistes.

Parmi les autres mises en scène les plus marquantes de sa carrière, nommons Corps étrangers/Cuerpos extranos (2005), spectacle d’abord créé au Mexique et ensuite présenté au Québec, écrite en collaboration avec Pascal Brullemans, Opium_37 (2009-2011), écrite en collaboration avec Catherine Léger, S’embrasent, (2009-2017) pièce pour public adolescent de Luc Tartar, Le ventriloque (2012), de Larry Tremblay, Survivre (2013) d’Olivier Kemeid, Testament de Vickie Gendreau (2014), Variations sur un temps de David Ives (2015) et Le Joker (2016), de Larry Tremblay.

L’automne 2016 a marqué le début d’une nouvelle aventure pour Eric Jean puisqu’il a quitté la direction du Théâtre de Quat’Sous pour se consacrer d’avantage
à la mise en scène, à l’écriture scénique et à la réalisation cinématographique.

Il travaille actuellement à la mise en scène d’un spectacle de la compagnie BJM (Les ballets jazz de Montréal) créé à partir de l’œuvre de Leonard Cohen.

Le cycle 2014-2016 - J'habite ici

par Sébastien Harrisson

Si j’ai voulu que le thème de ce premier cycle de création, qui marque mon arrivée aux Deux Mondes et un nouveau départ pour la compagnie, soit formulé en mots simples, c’est parce que je crois que c’est souvent par ce chemin – celui du « littéral » et du concret- qu’on peut avoir accès aux questionnements les plus vastes, les plus essentiels.

« J’habite ici », ça veut dire quoi aujourd’hui ?

La petite fille de Dans ma maison de papier, j'ai des poèmes sur le feu de Philippe Dorin pointe le vide du doigt et fait apparaître sa maison imaginaire, maison au cœur de laquelle viendra se réfugier une vieille dame fuyant un mystérieux promeneur qui sifflote tout en parlant de la mort.

L’employé des messageries UPS, que j’ai imaginé dans La cantate intérieure, sillonne les routes d’Amérique et est soudainement happé par la vue, à travers une fenêtre, d’une silhouette de femme. En allant à sa rencontre, il refera le chemin de sa propre naissance et de ses origines, en pénétrant dans une chambre en apparence désertée où jadis sa mère a habité.

Entre ces deux histoires, un fil rouge se déploie: celui de l’ancrage dans un lieu, un point fixe et défini, une parcelle d’univers qui nous appartient et nous façonne.

Que signifie aujourd’hui venir de quelque part?
Quel sens cela revêt, à une époque où tout est « portable » et mobile?
Où les frontières s’estompent et où les cultures se mêlent?
Que signifie aujourd’hui appartenir à un coin de pays, s’en réclamer?
Admettre que, d’une manière ou d’une autre, notre identité en est teintée, colorée?

Certes, cette réflexion s’ancrera dans nos maisons –lieu de nos vies, de nos morts et de nos naissances- mais aussi dans ces espaces fantasmatiques que sont les histoires que nous nous racontons depuis la nuit des temps et qui, à leur manière, nous servent de home, de refuge.

Finalement, ce «J’habite ici» n’est pas sans faire écho, pour moi, à ce nouveau lieu qui est celui de la compagnie et que nous partageons avec le regroupement Aux Écuries. Ce beau théâtre de la rue Chabot, dont la construction aura mobilisé une grande partie des forces vives de notre équipe au cours des dernières années, est aujourd’hui l’un des lieux les plus mieux pensés et les mieux conçus pour la création contemporaine.

Mais maintenant, il ne suffit pas de l’avoir bâti… il nous faut l’habiter. Une aventure tout aussi exigeante, à mon sens, si l’on veut que cette maison soit à la hauteur de son titre de théâtre, qu’elle soit un véritable lieu de recherche, de réflexion et de création, un lieu vivant, placé sous le signe de l’invention et du partage.

Bref, un lieu qui appartient tout autant à ceux qui y vivent, qu’à ceux qui le visitent !

« L’esprit est une maison vide, qu’il faut habiter et façonner à la longue. »
-Ludvik Vaculik

Artiste associé - Laurier Rajotte

Depuis sa création, Les Deux Mondes s’est toujours fait un point d’honneur de soutenir la démarche des travailleurs de l’ombre que sont les concepteurs. Ainsi, au fil des ans, des scénographes, des musiciens et des vidéastes ont collaboré étroitement aux activités des Deux Mondes, partageant même à certaines périodes sa direction artistique et contribuant grandement à forger la signature unique qui a fait la renommée de la compagnie aux quatre coins du monde.

Lors de son entrée en fonction en 2013, Sébastien Harrisson a souhaité poursuivre cette tradition en associant, à chacun des cycles de création, un concepteur invité. En plus de travailler sur des projets personnels, celui-ci agira comme interlocuteur privilégié de la direction artistique et viendra enrichir de ses réflexions les projets en cours de la compagnie.

Pour le cycle « J’habite ici », c’est donc le musicien et compositeur Laurier Rajotte qui se joint à l’équipe. En plus de signer la musique originale du spectacle Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu, Laurier travaillera aussi à un projet personnel provisoirement intitulé Préludes à droite dont la compagnie soutiendra, à diverses étapes, le développement.

Il sera possible de suivre le travail de Laurier Rajotte sur cette page et sur le Carnet de bord du DA pendant tout son séjour aux Deux Mondes, dès l'automne 2014.